Belarus' Legacy
     

Belarus' Legacy

President Lukashenko, Europe's last dictator, has been in office for 26 years. His main weapon is the silence he has imposed, forbidding his people to talk about the past and learn from it. This leaden blanket prohibits the emergence of a collective identity and allowed the same post-Soviet system to be repeated for decades.
The latest example is the new Belarusian nuclear power plant in Astravets, built by Russia and commissioned in 2020, while the Chernobyl exclusion zone, 60% of which is in Belarus, is still contaminated. Belarusians are the most affected population by a civil nuclear disaster. How to break the circle?
Photographer Jef Bonifacino offers an inside look into Lukashenko's Belarus of the past 10 years. With his long-term documentary story 'Belarus' Legacy' he tries to recreate a dialogue between two silences and looks at the history of the country in order to enlighten its present.

Recent chronology
26000 BC. First traces of settlement in Polesie, southern Belorussia.
1793. The territory of Belarus, part of Polish-Lithuanian-Belarusian Commonwealth is annexed by Russia.
1812. Battle of Berezina, defeat of France allied to Belarusians against Russia. One million dead. (1 inhabitant of 4)
1915-1918. World War I, the front line Germany-Russia passed through the territory of Belarus at Rakow. One million 200 000 dead.
1917. October Revolution in Russia. March 1918. Proclamation of the Belarusian People's Republic. December 1918. Annexation of Belarus by the Red Army.
1937. Soviet mass executions, 200,000 dead in Kourapaty, a suburb of Minsk.
1939-1945. World War II. Invasion of Nazi Germany: more than 2 million killed, 200 fully razed villages, 100,000 Jews in the Minsk ghetto.
1944 Soviet troops liberate Belarus and Minsk is destroyed by 90%.
26 April 1986. Explosion of the Chernobyl atomic power plant with 70% of the radioactivity returned to Belarus, 200 000 deaths and 2 million inhabitants contaminated. Creation by the Soviet Army of the exclusion zone of Chernobyl, 30 kilometers around the power station; Ukraine (40%) and Belarus (60%).
1991. Collapse of the USSR and creation of the Republic of Belarus. The country is reappropriating its symbols, the Pahonia and the white, red, white flag.
1994 to today. Election of Alexander Lukashenko, nostalgic of the Soviet era and restoration of the Soviet flag, kolkhozes and KGB.
2020. Commissioning of the new Astravets nuclear power plant built by Russia.

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En 1986, la centrale de Tchernobyl explose. Les retombées radioactives directes affectent majoritairement la Biélorussie. La zone d’exclusion de Tchernobyl, 30 km² autour de la centrale, est créée, à cheval entre l’Ukraine (40%) et la Biélorussie (60%). Alors que la zone est toujours contaminée et que les biélorusses sont la population la plus touchée par une catastrophe nucléaire civile, la nouvelle centrale nucléaire biélorusse d’Astravets sera mise en service en 2020. L’histoire se répète dans le silence. Oleg vit à Kamarin, à 30 kilomètres de la centrale de Tchernobyl. Il me dit avec un sourire : « Comme ça ils réussiront peut-être à tuer la deuxième partie de la population. »
Ce cycle de répétitions dû à l’occultation du passé caractérise particulièrement la Biélorussie. Comme l’écrit Tatiana Gloukhova : « La mémoire est constitutive de l’identité… C'est justement la discontinuité, l'intermittence qui caractérise le mieux la mémoire collective biélorusse. »* La population biélorusse actuelle est de 10 millions d’habitants ; en un siècle presque 5 millions ont été tués par les guerres et les révolutions. Une partie des habitants est malade : les biélorusses sont encore les premières victimes de Tchernobyl. Cet héritage biélorusse est caché, souvent volontairement. Pour le Président Loukachenko en fonction depuis 26 ans, il est plus simple d’interdire à son peuple de parler du passé et d’en tirer des leçons. Pour la population, il est parfois trop douloureux de se remémorer les traumatismes.
Ce travail documentaire explore plusieurs lieux de mémoire importants à travers le pays. En faisant se répondre différentes époques, mon travail interroge les répétitions entrainée par l'oublie et tente de récréer un dialogue entre deux silences. Trente trois ans après la catastrophe de Tchernobyl, cette série se penche sur les traces de l’histoire du pays afin d’éclairer son présent.

Chronologie sélective:
26000 ans av. J.-C. Premier peuplement de la Biélorussie en Polésie au sud.
1793. le Grand Duché de Lituanie (Pologne, Biélorussie et Lituanie) est annexé par la Russie.
1812. Bataille de la Bérézina, défaite de la France alliée aux Biélorusses contre la Russie. Un million de morts. (1habitant sur 4)
1915-1918. Première Guerre mondiale, la ligne de front Allemagne-Russie passe à travers le territoire Biélorusse à Rakow. Un million 200 000 morts.
1917. Révolution d’Octobre en Russie. Mars 1918. Proclamation de la République populaire biélorusse. Décembre 1918. Annexion de la Biélorussie par l’Armée rouge.
1937. Exécutions de masse par le pouvoir soviétique, 200 000 morts à Kurapaty près de Minsk.
1939-1945. Seconde Guerre mondiale. Invasion de l’Allemagne nazie : plus de 2 millions de tués, 200 villages entièrement rasés. 100 000 juifs dans le ghetto de Minsk.
26 avril 1986. Explosion de la centrale de Tchernobyl avec 70% de la radioactivité retombée en Biélorussie, 200 000 morts et 2 millions d’habitants contaminés. Création par l’Armée soviétique de la zone d’exclusion de Tchernobyl.
1991. Effondrement de l’URSS et création de la République de Biélorussie.
1994 à aujourd’hui. Election d’Alexandre Loukachenko, retour de l'époque soviétique.
2020. Mise en service de la centrale nucléaire d’Astravets construite par la Russie.

*Tatiana Gloukhova - L’identité bélarusse: mémoire collective et constructions contemporaines. // Tatiana Glukhova, “The Belarusian identity: collective memory and contemporary constructions”